Shortbus
En attendant un avis plus « sensible » et personnel sur le film (et pour faire plaisir a Glaude) voici une critique (un peu trop “écrite”...) du film Shortbus, un texte bientôt consultable j’espère sur Cinéma France.
Pendant plusieurs mois, le jeune réalisateur John Cameron Mitchell s’est entouré d’artistes et de comédiens de tous horizons pour mettre en scène un film collectif : une comédie romantique sexuellement très franche composée à la manière d’une comédie musicale.
Shortbus démarre très fort, avec un
medley de scènes de sexe très crues, brillement monté et mis en musique. On a beau être un habitué du Net et avoir vu des tas de vidéos beaucoup plus hard, la confrontation avec des images « pornographiques » sur grand écran reste un moment troublant et terriblement excitant, comme si l’on avait le sentiment de participer à une expérience inédite et transgressive. Rien n’est caché dans
Shortbus : les scènes de sexe ne sont pas simulées et toutes les sexualités sont représentées. Mais tout est mis en scène avec un tel naturel que l’on comprend très vite les intentions du cinéaste : utiliser la sexualité des personnages pour mieux les raconter et mettre leurs failles à nu. L’oeuvre est composée à la manière d’un opéra en plusieurs actes. On pourrait presque classer Shortbus parmi les comédies musicales tant la bande-originale y joue un rôle important, comme on peut le constater lors du final et de son crescendo à vous provoquer un arrêt cardiaque. Même si le film semble nostalgique de l’effervescence des Sixties, époque bénie du Velvet et de l’émergence du
Queer, il reste profondément encré dans notre monde contemporain, comme viennent le rappeler les deux cratères ensanglantés dans la maquette de New-York. Car Shortbus parle aussi d’une génération de jeunes gens pour qui
« le 11 septembre fut le seul évènement réel qui leurs soit jamais arrivé ». Shortbus, film d’une génération ? A n’en pas douter.
Sur le fond, le dernier film de Jonh Cameron Mitchell est un véritable attentat, une bombe atomique en puissance. Avec un optimisme contagieux, le cinéaste nous affirme qu’il y autant de façons différentes de jouir que d’êtres humains sur Terre, et tout autant de façon d’aimer, de baiser, de prendre son pied, ou d’être heureux, tout simplement, que ce soit dans la solitude ou la fusion, dans la douleur ou la tendresse, dans l’obscurité ou la chaleur. Perméabilité et imperméabilité sont deux notions au cœur du film. Il est sans cesse question de peaux qui se frôlent, de parois qui s’entrechoquent, d’échanges de fluides et d’énergies. Epidermique est le mot qui pourrait le mieux décrire
Shortbus. Le carburant de toute cette mécanique, c’est bien sur l’amour, décrit par le personnage de Justin Bond comme
« un gigantesque circuit imprimé voyageant à travers l’univers». Le film est ainsi traversé de courants électriques imprévisibles. Il arrive que l’on soit malmené et provoqué par ces personnages en quête d’eux-mêmes, qui tous ne se découvriront qu’à la fin de l’œuvre ; son point culminant. Il faut également insister et dire à quel point
Shortbus est drôle, grâce à ses dialogues explosifs et son humour décalé et insolent. Ainsi, la scène de l’hymne américain (on n’en dira pas plus…) est sans conteste la chose la plus hallucinante que l’on ait vu cette année sur un écran de cinéma.
Puis brusquement, à quelques minutes de la fin, alors que toute la salle est suspendue aux lèvres de Justin Bond, il se passe un truc totalement incroyable : le film se penche littéralement vers nous, public, pour nous prendre dans ses bras, nous offrir le pardon et nous murmurer doucement à l’oreille :
« Tu as fait du mieux que tu as pu. On fait tous du mieux qu’on peut.» Shortbus est à cet instant précis touché par la Grâce et le spectateur transporté vers une contrée totalement inconnue. Le film regorge d’images poétiques, mais c’est pour son final que le réalisateur a choisit la plus évocatrice de toutes : la fanfare. Lorsqu’un bataillon de cuivres déferle sur le film, le bonheur est alors total et
Shortbus nous emmène avec lui vers une apothéose vertigineuse où tous nos sens sont sollicités. Une fois de plus, le film sort de l’écran et interagit physiquement (!!!) avec le spectateur en faisant exploser les basses fréquences et vibrer chaque fauteuil de la salle. Orgasme. Coup de foudre. Coup de tonnerre en plein cœur. On sort du film terrassé, vidé, près à déborder, avec l’envie irrésistible d’enlacer la planète entière dans ses bras.
Shortbus est un film d’amour absolument fantastique.
9/10
Véritable film collectif et interactif, Shortbus est une expérience sensorielle hallucinante, dont les richesses semblent inépuisables. Si vous voulez participer à un spectacle festif et totalement nouveau, c’est par ici que ça se passe !
Et puis merde,
10/10, de toute façon vous ne pourrez pas voir mieux en ce moment au ciné!!
10/12/06 - 03:53
c'est l'un des plus beaux films que j'ai jamais vu... courrez-y ! en plus, qd je suis allé au cinéma, y avait Jean-Paul Gauthier qui sortait de la séance précédente ! Comme quoi, mm la mode a aimé ce film !
elijahwood75